Le compte personnel de formation ne verse pas d’argent au créateur : il paie une formation, directement à l’organisme qui la dispense. Pour un projet de création ou de reprise, il ne finance plus que des formations qui mènent à une certification reconnue. Un plafond s’applique, et une part reste à votre charge. Vos droits, eux, vous suivent : ceux acquis comme salarié restent sur le compte après l’immatriculation.
Ce que le CPF finance encore pour un créateur ou un repreneur
La règle a changé en 2025, et le vocabulaire du portail officiel entretient une confusion qu’il vaut mieux lever tout de suite.
Depuis février 2025, seules les formations certifiantes
Jusqu’en 2025, une formation d’accompagnement à la création ou à la reprise pouvait être financée par le CPF sans viser de certification. La loi de finances 2025 a supprimé cette facilité. Depuis le 16 février 2025, ces formations ne sont plus référencées sur Mon Compte Formation. Les dossiers validés à partir de cette date ont été annulés, droits restitués. Des pages officielles citent encore l’ancienne règle, comme la fiche de service-public sur la formation des travailleurs indépendants : elle est périmée sur ce point.
Le Code du travail ne prévoit plus de catégorie à part pour les créateurs et les repreneurs. Leur formation doit préparer une certification inscrite au RNCP, le répertoire national des certifications professionnelles, ou au répertoire spécifique (RS), comme n’importe quelle autre formation. L’accompagnement d’un coach en création d’entreprise, sans examen au bout, se paie donc sur vos fonds propres ou par d’autres aides.
Les formations « ACRE » n’ont rien à voir avec l’ACRE
Le portail des organismes appelle ces actions « formations ACRE », pour actions de formation à la création et à la reprise d’entreprise. Le sigle n’a aucun rapport avec l’aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise, l’exonération partielle de cotisations accordée par l’Urssaf en début d’activité. Quant au CPF, il ne se convertit jamais en argent : il ne paie ni le capital, ni l’immatriculation, ni les honoraires d’un conseil.
Les formations qui restent finançables
Quatre familles de formations passent encore, à condition de viser une certification active.
Les certifications de création d’entreprise
Le réseau des CCI prépare la certification RS6923, « Création entreprise : identifier les points-clés pour un projet réussi », au terme de son stage 5 jours pour entreprendre. L’examen combine un oral de huit à dix minutes sur votre projet et une étude de cas écrite : cadre juridique, stratégie, volet financier.
L’organisme CréActifs porte deux autres certifications : RS7004, « Conduire un projet de création d’entreprise », et RS7005, la même démarche appliquée à la micro-entreprise. Toutes deux s’évaluent sur votre propre projet, de l’étude de marché aux démarches d’immatriculation, par un écrit et, pour la première, une soutenance orale.
Les certifications de reprise
Pour un rachat, la certification RS7539, « Conduire un projet de reprise d’entreprise », est portée par l’Institut régional des chefs d’entreprise (IRCE) depuis février 2026. Elle exige au moins trois ans d’expérience professionnelle et un projet de reprise identifié. La validation passe par un cas pratique soutenu devant un jury de trois personnes. Elle s’adresse aux repreneurs individuels comme aux cadres qui mènent un rachat pour leur société.
La formation au métier que vous allez exercer
Pour beaucoup de créateurs, le meilleur usage du CPF est ailleurs : dans la formation au métier lui-même. Un CAP, un titre professionnel ou un bloc de compétences d’un diplôme sont inscrits au RNCP, et le CPF les finance sans plafond. Certaines activités artisanales, comme la boulangerie ou les métiers du bâtiment, exigent d’ailleurs un diplôme ou une expérience prouvée pour s’installer.

Le stage de préparation à l’installation des chambres de métiers n’est plus obligatoire depuis 2019. S’il ne prépare aucune certification, le CPF ne le prend plus en charge.
Le bilan de compétences et la VAE
Avant de vous lancer, un bilan de compétences aide à confronter le projet à votre parcours. Le CPF le finance jusqu’à 1 600 €, à condition de ne pas en avoir eu un financé au cours des cinq dernières années. La validation des acquis de l’expérience transforme des années de pratique en diplôme, utile quand le métier visé en exige un.
Plafonds et reste à charge : ce que vous paierez
Depuis la loi de finances 2026, la somme payée par le CPF dépend de la formation, et une part fixe reste toujours à votre charge.
Le plafond selon la formation visée
| Formation visée | Ce que le CPF paie au plus |
|---|---|
| Certification du répertoire spécifique (RS6923, RS7004, RS7539…) | 1 500 € |
| Diplôme ou titre du RNCP (CAP, titre professionnel, bloc de compétences) | Pas de plafond, dans la limite de vos droits |
| Bilan de compétences | 1 600 €, un seul tous les cinq ans |
| Validation des acquis de l’expérience | Pas de plafond, dans la limite de vos droits |
Une formation RS facturée 2 000 € laisse donc au moins 500 € à votre charge, quel que soit le montant de vos droits. Vous pouvez régler ce complément vous-même sur la plateforme, ou le faire prendre en charge par un financeur : employeur, Région, France Travail selon votre situation.
La participation forfaitaire et le projet de complément
Chaque dossier supporte une participation forfaitaire de 150 € depuis avril 2026, prélevée sur le prix. Pour une formation à 1 000 €, le CPF paie 850 € et vous 150 €, même si vos droits suffisaient. Le demandeur d’emploi en est aujourd’hui dispensé, comme le salarié dont l’employeur complète le financement.
Le projet de loi de finances 2027, présenté le 1er octobre 2026, n’est pas encore voté. Il prévoit un complément pouvant atteindre 200 €, réclamé en 2027, sur les demandes validées depuis le 2 octobre 2026. Les formations de secteurs jugés prioritaires et celles cofinancées d’au moins 150 € y échapperaient. Le demandeur d’emploi paierait alors la participation de base.
Salarié, demandeur d’emploi, déjà installé : qui mobilise quoi ?
Votre situation au moment de la demande change les démarches, pas la liste des formations éligibles.
Vous êtes salarié et préparez votre départ
Une formation suivie hors du temps de travail ne demande aucune autorisation : votre employeur n’a pas à connaître votre projet. Sur le temps de travail, la demande d’absence part au moins 60 jours avant le début si la formation dure moins de six mois, 120 jours au-delà. Sans réponse sous 30 jours, l’accord est acquis.
Pour vous consacrer ensuite au projet, le congé pour création d’entreprise suspend le contrat sans le rompre. Et si la création passe d’abord par un changement de métier, le projet de transition professionnelle finance la formation certifiante en maintenant la rémunération, sous conditions.
Vous êtes demandeur d’emploi
Vous mobilisez le CPF sans participation forfaitaire. Quand la formation dépasse vos droits, France Travail peut les compléter : parlez-en à votre conseiller avant de valider la commande. Les droits acquis pendant vos années de salariat restent entiers après la fin du contrat.
Vous êtes déjà installé à votre compte
Une fois l’activité lancée, le compte continue de se remplir : 500 € par année complète, plafonnés à 5 000 €, si vous avez payé la contribution à la formation professionnelle à l’Urssaf. Le fonds d’assurance formation de votre secteur finance aussi des formations : l’Agefice pour les commerçants, le FAFCEA pour les artisans, le FIF PL pour les professions libérales.
Vérifier une formation avant de valider le dossier
Le démarchage par téléphone, SMS, courriel ou réseaux sociaux pour vendre une formation CPF est interdit : une offre qui arrive ainsi se refuse. Pour une offre trouvée par vous-même, quatre vérifications prennent quelques minutes sur le site de France compétences.
- Le code RS ou RNCP figure sur la fiche de la formation, et la fiche de France compétences indique une certification active.
- La date d’échéance de l’enregistrement couvre votre session : RS7005, par exemple, n’a été enregistrée que pour deux ans.
- L’organisme figure parmi ceux que le certificateur a habilités à préparer l’examen.
- Le calendrier laisse onze jours ouvrés entre la proposition de commande et le début de la formation.
Présentez-vous ensuite aux épreuves : sans motif légitime, une absence à l’examen oblige à rembourser les droits utilisés.

