Dans cet article, nous vous expliquons le fonctionnement du Projet de Transition Professionnelle (PTP), le dispositif qui permet à un salarié de se reconvertir en conservant sa rémunération. Conditions d’accès, démarches et montants pris en charge sont détaillés ci-dessous.
Points clés à retenir sur le PTP :
- Dispositif remplaçant l’ancien CIF depuis 2019
- Financement de formations certifiantes pour la reconversion
- Maintien de la rémunération pendant la formation
- Conditions d’ancienneté spécifiques selon le type de contrat
Comprendre le dispositif du Projet de Transition Professionnelle
Le Projet de Transition Professionnelle est un dispositif créé par la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Il permet aux salariés du secteur privé de suivre une formation certifiante pour changer de métier ou de profession. La formation n’a pas besoin d’avoir un lien avec votre poste actuel.
Ce dispositif porte aussi le nom de CPF de transition, car il s’agit d’une modalité particulière du Compte Personnel de Formation.
Objectifs et principe de fonctionnement
Le PTP vise à sécuriser les parcours professionnels : le salarié se forme sans compromettre sa stabilité financière. Il finance une formation qualifiante qui mène à un changement de métier ou de profession.
Le dispositif repose sur quatre garanties :
- Financement des frais pédagogiques par Transitions Pro
- Maintien de la rémunération pendant la période de formation
- Préservation des droits sociaux du salarié
- Garantie de retrouver son poste ou un emploi équivalent
Différences avec les autres dispositifs de formation
Contrairement au Compte Personnel de Formation (CPF) classique, le PTP permet une absence prolongée avec maintien intégral du salaire dans certaines conditions.
| Critères | PTP | CPF classique |
|---|---|---|
| Public cible | Salariés privés en reconversion | Tous actifs |
| Plafond financement | 18 000 € HT de frais pédagogiques (27,45 € HT par heure maximum) | Compte plafonné à 5 000 € (8 000 € pour les moins qualifiés) |
| Rémunération | 100 % jusqu’à 2 SMIC, 90 % puis 60 % au-delà | Aucune prise en charge |
| Durée formation | Celle de la formation, plus d’un an possible | Généralement courte durée |
Depuis le 2 avril 2026, le CPF classique comporte en plus une participation forfaitaire de 150 € à votre charge, sauf abondement de l’employeur ou statut de demandeur d’emploi.
Conditions d’éligibilité et critères d’accès
Les conditions d’accès au PTP dépendent de votre type de contrat. L’ancienneté est le critère déterminant.
Conditions pour les salariés en CDI
Pour bénéficier du PTP en contrat à durée indéterminée, le salarié doit justifier de 24 mois d’activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans l’entreprise actuelle. Cette condition s’apprécie à la date de départ en formation.
Tous les contrats successifs comptent dans ce calcul, quelle que soit leur nature. Vous devez aussi être toujours en CDI au moment du dépôt de votre demande de financement.
Conditions pour les CDD et intérimaires
Les salariés en contrat à durée déterminée doivent réunir des conditions plus spécifiques :
- 24 mois d’activité salariée au cours des 5 dernières années
- 4 mois minimum en CDD durant les 12 derniers mois
- Un dernier contrat en CDD, toujours en cours au dépôt de la demande
- Certains contrats ne comptent pas dans les 4 mois : apprentissage, professionnalisation, contrat d’accompagnement dans l’emploi, CDD suivi d’un CDI
La demande de financement doit être déposée avant la fin du CDD, et la formation doit débuter au plus tard 6 mois après.
Pour les intérimaires, il faut justifier de 1 600 heures de travail temporaire sur 18 mois, dont 600 heures dans l’entreprise ou le groupe de travail temporaire qui reçoit la demande. La demande doit être déposée au plus tard 4 mois après la fin du dernier contrat, et la formation doit débuter sous 6 mois.
Exceptions aux conditions d’ancienneté
Certaines situations dispensent des critères d’ancienneté habituels :
- Bénéficiaires de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH)
- Salariés licenciés pour motif économique ou pour inaptitude, s’ils n’ont suivi aucune formation entre leur licenciement et leur nouvel emploi
- Salariés ayant connu, dans les 24 mois précédant la demande, une absence pour maladie professionnelle, ou d’au moins 6 mois pour accident du travail, maladie ou accident non professionnel
Démarches et procédures de demande
Une demande de PTP implique en général trois interlocuteurs : votre conseiller en évolution professionnelle, votre employeur et Transitions Pro. Chaque étape a ses propres délais.
Préparation du projet professionnel
Avant toute démarche administrative, définissez précisément votre projet de reconversion. Cette étape comprend :
- Identification des compétences à acquérir
- Recherche d’une formation certifiante inscrite au RNCP, délivrée par un organisme certifié Qualiopi
- Analyse des débouchés sur le marché du travail
- Vérification de la cohérence avec vos aspirations professionnelles
Faites valider votre démarche par un conseiller en évolution professionnelle (CEP). Ce service est gratuit. L’organisme de formation réalise ensuite gratuitement un bilan de positionnement. Il identifie les blocs de compétences à valider et ajuste la durée du parcours.
Demande d’autorisation auprès de l’employeur
Adressez à votre employeur une demande écrite d’autorisation d’absence, de préférence en recommandé avec accusé de réception. Elle précise l’intitulé, la durée et les dates de la formation, ainsi que l’organisme qui la dispense. Les délais à respecter varient selon la durée de la formation :
- 120 jours calendaires avant le début pour une formation à temps plein d’au moins 6 mois
- 60 jours calendaires avant le début pour une formation de moins de 6 mois, à temps partiel ou en plusieurs périodes
L’employeur dispose ensuite de 30 jours maximum pour vous répondre. Son silence vaut acceptation de votre demande. Il peut cependant reporter votre départ de 9 mois maximum, si votre absence nuit à la production et à la marche de l’entreprise. Il peut aussi différer votre congé si trop de salariés seraient absents en même temps. Le seuil est de 1 salarié à la fois sous 100 salariés, et de 2 % de l’effectif à partir de 100.
Constitution du dossier de financement
Parallèlement, vous devez déposer une demande de prise en charge auprès de Transitions Pro de votre région. Le dossier se remplit en ligne, dans votre espace personnel. Il comporte trois volets : le vôtre, celui de l’organisme de formation et celui de votre employeur si la formation a lieu sur le temps de travail.
Il doit être déposé 3 mois minimum avant le début de la formation (2 mois pour un CDD en Île-de-France) et comprend :
- Description détaillée de votre projet professionnel
- Justificatifs d’ancienneté et de rémunération
- Programme et devis de la formation choisie
- Lettre de motivation argumentée
Une commission régionale étudie ensuite le dossier selon sa qualité et le budget disponible. En Hauts-de-France, elle se réunit une fois par mois : consultez le calendrier de votre région pour caler votre date de départ.
Elle juge votre projet sur trois critères : la cohérence avec le métier visé, la pertinence du parcours et les perspectives d’emploi, notamment dans la région. Des priorités de financement s’appliquent aussi (niveau de qualification, taille de l’entreprise, métier qui recrute).
Financement et rémunération pendant la formation
Transitions Pro prend en charge trois postes : les frais pédagogiques, les frais annexes et votre rémunération. Chacun obéit à ses propres plafonds.
Prise en charge des frais pédagogiques
Transitions Pro finance les coûts de formation dans la limite de 18 000 € HT par parcours, avec un plafond horaire de 27,45 € HT. Cette enveloppe couvre :
- Frais d’inscription et droits pédagogiques
- Coûts de certification et d’examen
- Matériel pédagogique indispensable
Les deux plafonds se cumulent. Pour une formation de 300 heures facturée 9 000 € HT, le coût horaire atteint 30 € HT. Il reste alors 2,55 € HT par heure à votre charge, soit 765 € HT au total. Votre employeur peut financer tout ou partie de ce reste à charge.
Frais annexes et aide à la mobilité
Les frais de transport, d’hébergement et de repas sont couverts par un forfait global, l’aide à la mobilité. Chaque Transitions Pro fixe son barème. En Hauts-de-France, l’aide est possible dès 20 km d’écart sur un trajet aller simple, entre votre trajet vers l’entreprise et votre trajet vers le lieu de formation. Elle va de 8 à 25 € par jour de présence selon la distance. Elle est versée sans condition de distance si votre salaire est inférieur à 1 000 € brut par mois.
Modalités de maintien salarial
Votre rémunération est maintenue à un pourcentage de votre salaire moyen de référence, calculé sur les 12 mois précédant la formation :
- 100 % si le salaire de référence est inférieur ou égal à 2 SMIC (3 734,04 € brut par mois depuis le 1er juin 2026)
- 90 % la première année, ou les 1 200 premières heures en temps partiel, si le salaire dépasse 2 SMIC
- 60 % à partir de la deuxième année, ou de la 1 201e heure, pour ce même salaire
Au-delà d’un an, la rémunération ne peut pas descendre sous 3 734,04 € brut par mois. Avec un salaire de référence de 4 500 €, 60 % donnent 2 700 € : vous touchez donc 3 734,04 €.
Pour un CDD, le salaire de référence porte sur les 4 derniers mois de CDD. En CDI, l’employeur continue de verser le salaire et Transitions Pro le lui rembourse. Les entreprises de moins de 50 salariés peuvent demander une avance. En CDD, la rémunération est en principe versée directement par Transitions Pro. Certaines régions, comme l’Île-de-France, font avancer le salaire par l’employeur lorsque la formation démarre pendant le contrat avec autorisation d’absence.
Protection sociale et droits acquis
Le temps passé en PTP est assimilé à du temps de travail. Congés payés, primes et ancienneté sont conservés. Vous continuez aussi à bénéficier des prestations de la Sécurité sociale, dont la couverture maladie et la couverture accident du travail. Transitions Pro prend en charge les cotisations de sécurité sociale, ainsi que les charges légales et conventionnelles, liées à cette rémunération.
Trois mois avant la fin de la formation, votre employeur vous écrit. Il vous confirme que vous retrouvez votre poste, ou à défaut un poste équivalent, avec une rémunération au moins équivalente. Vous disposez d’un mois pour répondre. Sans réponse, vous êtes considéré comme ayant accepté de revenir dans l’entreprise.
Avant de déposer votre dossier, vérifiez trois points : votre ancienneté à la date de départ en formation, une certification RNCP délivrée par un organisme Qualiopi, et la date de la prochaine commission de votre région.
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