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Formation obligatoire en entreprise : droits des salariés et devoirs des employeurs

Dans le cadre des évolutions technologiques et réglementaires constantes, les entreprises françaises doivent naviguer dans un environnement juridique complexe en matière de formation professionnelle. Tel que défini par le Code du travail, l’obligation de formation constitue un pilier fondamental des relations de travail, engageant tant les employeurs que les salariés dans une démarche de développement des compétences. En France, les entreprises consacrent chaque année plus de 32 milliards d’euros à la formation professionnelle selon les données de la DARES, soit environ 2,7% de la masse salariale totale. Malgré cet investissement, les contrôles de l’inspection du travail révèlent que des obligations spécifiques sont régulièrement méconnues, exposant les employeurs à des sanctions significatives.

Dans cet article, nous vous expliquons l’ensemble des dispositifs existants, des formations obligatoires aux droits des salariés, en passant par les mécanismes de financement et les responsabilités patronales.

Voici les points clés à retenir :

  • Obligations légales : formations de sécurité, adaptation au poste, maintien dans l’emploi
  • Droits des salariés : CPF, projet de transition professionnelle, congés formation
  • Dispositifs de financement : participation financière obligatoire des entreprises
  • Contrôle et suivi : entretiens professionnels bisannuels, passeport prévention

Le cadre juridique des formations obligatoires

Le Code du travail établit un cadre précis concernant les formations que l’employeur doit impérativement dispenser. L’article L6321-2 définit la formation obligatoire comme toute action conditionnant l’exercice d’une activité selon des dispositions légales ou conventionnelles.

Les formations de sécurité et santé au travail

L’employeur supporte une obligation de résultat en matière de sécurité, nécessitant des formations spécifiques pour plusieurs catégories de personnel. Cette obligation concerne particulièrement les salariés nouvellement embauchés, ceux en contrat déterminé, ainsi que les travailleurs changeant de poste ou reprenant après un arrêt prolongé.

Les domaines couverts incluent notamment :

  • Habilitations électriques (B1VL, B2VL, BCL)
  • Formations incendie (SSIAP niveaux 1, 2 et 3)
  • Sauvetage et secourisme du travail (SST)
  • Manipulation de produits chimiques
  • Travaux en hauteur et utilisation d’équipements spécialisés

Le non-respect de ces obligations de sécurité expose l’employeur à des conséquences graves. En cas d’accident du travail survenu faute d’une formation obligatoire, le tribunal peut reconnaître une faute inexcusable de l’employeur, entraînant une majoration de la rente versée à la victime et un remboursement à la CPAM. Les sanctions pénales pour mise en danger d’autrui peuvent atteindre 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour une personne physique, et 75 000 € pour une personne morale.

Les formations d’adaptation et de maintien dans l’emploi

Au-delà des aspects sécuritaires, l’employeur doit garantir l’adaptation de chaque salarié à son poste de travail. Cette obligation englobe la formation aux nouvelles technologies, aux évolutions organisationnelles et aux changements réglementaires.

Le plan de développement des compétences constitue l’outil privilégié pour répondre à ces exigences. Il doit être élaboré après consultation des représentants du personnel et viser trois objectifs principaux : l’adaptation au poste, le maintien de l’employabilité et la lutte contre l’illettrisme.

Un point pratique sur le temps de formation : les formations relevant de l’obligation d’adaptation au poste se déroulent obligatoirement pendant le temps de travail et donnent lieu au maintien de la rémunération. Seules les formations relevant du développement des compétences (troisième catégorie du plan) peuvent, avec l’accord écrit du salarié, se dérouler hors temps de travail, dans la limite de 30 heures par an par salarié.

Les obligations sectorielles spécifiques

Certaines professions font l’objet de réglementations particulières. Dans le secteur de la restauration, la formation à l’hygiène alimentaire s’impose selon le règlement européen n°852/2004. Les entreprises de plus de 250 salariés doivent désigner un référent formé au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes.

Secteur d’activitéFormation obligatoirePériodicitéBase légale
RestaurationHygiène alimentaireContinueRèglement CE n°852/2004
Toutes entreprisesRéférent harcèlement (250 salariés et plus)Initiale puis continueLoi n°2018-771
Industrie, logistiqueCACES (9 catégories selon engins)5 ansRecommandation CNAM R.489
BTPPasseport préventionContinueLoi du 2 août 2021

Les droits des salariés en matière de formation

Les salariés bénéficient de dispositifs variés pour accéder à la formation professionnelle.

Le compte personnel de formation

Le CPF constitue le dispositif central de financement de la formation pour les salariés. Chaque actif dispose d’un compte alimenté annuellement à hauteur de 500 euros (800 euros pour les salariés peu qualifiés), plafonné respectivement à 5 000 et 8 000 euros.

Depuis le 2 mai 2023, un reste à charge s’applique aux formations financées par le CPF : le salarié doit contribuer à hauteur de 100 euros minimum par formation, sauf exceptions (demandeurs d’emploi, formations dans le cadre d’un abondement employeur, formation à la sécurité routière). Cette réforme visait à limiter les fraudes et à responsabiliser les bénéficiaires, mais a significativement réduit le nombre de dossiers déposés.

L’utilisation du CPF relève de la seule initiative du salarié. Si la formation se déroule pendant le temps de travail, l’autorisation préalable de l’employeur demeure nécessaire. Les heures de formation constituent alors du temps de travail effectif donnant droit au maintien de la rémunération.

Le projet de transition professionnelle

Remplaçant l’ancien congé individuel de formation, le projet de transition professionnelle permet aux salariés de financer des formations certifiantes dans le cadre d’un changement de métier. L’accès requiert une ancienneté minimale de 24 mois, dont 12 mois dans l’entreprise actuelle.

La demande d’autorisation d’absence doit être adressée à l’employeur par écrit au minimum 60 jours avant le début de la formation si celle-ci dure moins de 6 mois, et 120 jours dans les autres cas. L’employeur peut reporter l’autorisation dans la limite de 9 mois, mais ne peut pas la refuser si les conditions d’éligibilité sont remplies.

Ce dispositif s’obtient ensuite sur demande auprès de la Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR, anciennement Fongecif) compétente, qui valide le financement et garantit le maintien de la rémunération pendant toute la durée de la formation.

La reconversion par alternance

Le dispositif Pro-A vise à favoriser le maintien dans l’emploi des salariés les moins qualifiés par une formation en alternance. Il s’adresse aux salariés en CDI, aux sportifs professionnels en CDD et aux bénéficiaires de contrats uniques d’insertion.

La mise en œuvre peut être initiée par l’employeur dans le cadre du plan de formation ou par le salarié lui-même. Les formations se déroulent selon les règles du contrat de professionnalisation, avec maintien de la rémunération pour les heures effectuées pendant le temps de travail.

Les obligations financières et organisationnelles des employeurs

Toute entreprise employant des salariés doit participer au financement de la formation professionnelle. Cette participation s’articule autour de deux axes principaux : le financement direct des formations et la contribution à la formation professionnelle continue.

La participation financière obligatoire

L’employeur doit verser une contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance dont le taux varie selon l’effectif :

  • Moins de 11 salariés : 0,55% de la masse salariale brute
  • 11 salariés et plus : 1% de la masse salariale brute

Cette contribution est collectée par les OPCO (Opérateurs de Compétences). Elle se décompose entre la part dédiée au CPF des salariés, le financement de l’apprentissage (taxe d’apprentissage) et la part mutualisée pour le financement des formations dans les branches professionnelles. Les entreprises de plus de 50 salariés supportent en outre une contribution spécifique pour le financement du CPF de transition.

Le plan de développement des compétences

Cet outil stratégique permet à l’employeur de structurer sa politique de formation. Il décrit l’ensemble des actions proposées aux salariés et doit être élaboré après consultation des représentants du personnel. Le coût moyen d’une journée de formation en France se situe entre 800 et 1 500 € selon le domaine et le prestataire, ce qui donne une base de chiffrage pour l’élaboration du plan.

Le plan vise trois objectifs complémentaires :

  • Assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail
  • Maintenir leur capacité à occuper un emploi face aux évolutions technologiques
  • Proposer des formations participant au développement des compétences

Les entretiens professionnels obligatoires

L’employeur doit organiser un entretien professionnel bisannuel avec chaque salarié pour envisager les perspectives d’évolution et identifier les formations nécessaires. Tous les six ans, cet entretien permet de vérifier que le salarié a bénéficié d’au moins une action de formation non obligatoire, a acquis des éléments de certification, ou a bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.

Si ces trois critères ne sont pas remplis au terme des 6 ans, l’entreprise (de 50 salariés et plus) doit verser un abondement correctif de 3 000 euros sur le CPF du salarié concerné. Cette sanction financière, qui s’applique par salarié en déficit, peut représenter un coût significatif pour les entreprises qui n’ont pas suivi leurs obligations de formation.

Les dispositifs de validation et de contrôle

Plusieurs outils permettent de valider et tracer les compétences acquises par les salariés.

La validation des acquis de l’expérience

La VAE permet aux salariés d’obtenir une certification professionnelle ou un diplôme en valorisant leur expérience. Pour préparer et passer la validation, le salarié peut demander un congé ne pouvant excéder 24 heures de temps de travail. Cette demande doit être formulée 60 jours à l’avance auprès de l’employeur, qui ne peut pas la refuser si les conditions légales sont remplies. Le congé est rémunéré et les frais de validation peuvent être pris en charge par le CPF ou le plan de développement des compétences.

Le passeport prévention

Institué par la loi Santé au travail du 2 août 2021, le passeport prévention centralise les attestations, certifications et diplômes obtenus en matière de sécurité et santé au travail. Cette plateforme numérique, gérée par la Caisse des dépôts, évite la répétition inutile de formations obligatoires. Près d’une centaine de certifications sont actuellement référencées, facilitant le contrôle des obligations réglementaires.

Les autres formations non obligatoires

Au-delà des formations obligatoires, les salariés peuvent mobiliser divers dispositifs selon leurs besoins spécifiques :

  • Le congé pour examen et concours
  • Les formations liées aux mandats électifs
  • Le congé de formation pour les cadres et animateurs de jeunesse
  • Les formations syndicales et représentatives

La mise en œuvre pratique et les bonnes pratiques

Pour assurer une gestion efficace des obligations de formation, les entreprises doivent adopter une approche structurée intégrant planification, suivi et évaluation.

La planification des formations obligatoires

Une répartition équilibrée des formations sur l’année évite la surcharge et optimise l’organisation du travail. Il est recommandé de programmer les formations de sécurité en début d’année, les formations réglementaires au printemps et les mises à jour en fin d’exercice.

La certification continue des compétences nécessite un suivi rigoureux des échéances. Un tableau de bord RH reprenant pour chaque salarié les certifications détenues, leur date d’obtention et leur date d’expiration est indispensable pour anticiper les renouvellements. Les habilitations électriques, les CACES et les formations SST doivent faire l’objet d’un calendrier précis : un salarié dont la certification est expirée ne peut légalement plus exercer les tâches qui en dépendent, ce qui peut désorganiser rapidement la production ou les chantiers.

L’évaluation de l’efficacité des formations

Au-delà du respect des obligations légales, l’employeur doit mesurer l’impact des formations sur la performance et la sécurité. Des indicateurs quantitatifs et qualitatifs permettent d’évaluer le retour sur investissement et d’ajuster les programmes. Le modèle de Kirkpatrick (réaction, apprentissage, comportement, résultats) est la méthode d’évaluation la plus utilisée en formation professionnelle pour structurer cette démarche.

L’adaptation aux évolutions réglementaires

Les obligations de formation évoluent constamment sous l’effet des changements réglementaires et technologiques. Une veille juridique régulière permet d’anticiper ces évolutions et d’adapter les programmes de formation.

La digitalisation des formations, accélérée par la crise sanitaire, ouvre de nouvelles possibilités tout en soulevant des questions sur l’équivalence avec les formations présentielles. Les solutions e-learning doivent respecter les exigences pédagogiques et réglementaires spécifiques à chaque domaine. Pour les formations de sécurité en particulier (SST, habilitations électriques, CACES), les organismes certificateurs imposent généralement un minimum de présentiel pour les évaluations pratiques, quel que soit le format retenu pour les parties théoriques.

La formation obligatoire en entreprise constitue un enjeu majeur pour la sécurité des salariés et la compétitivité des organisations. Respecter ces obligations nécessite une approche structurée intégrant planification, financement et suivi régulier. Les entreprises qui investissent dans la formation de leurs salariés renforcent leur conformité réglementaire tout en développant leur capital humain.

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