Dans cet article, nous vous expliquons en détail le fonctionnement du Plan de Sauvegarde de l’Emploi, un dispositif essentiel pour les entreprises confrontées à des licenciements économiques collectifs.
Points clés à retenir sur le PSE :
- Obligation légale pour les entreprises de plus de 50 salariés envisageant le licenciement économique d’au moins 10 salariés sur une période de 30 jours
- Le PSE peut être établi soit par accord collectif majoritaire, soit par document unilatéral de l’employeur
- Il doit obligatoirement inclure un plan de reclassement pour limiter le nombre de licenciements
- La procédure requiert l’homologation par la DREETS (ex-DIRECCTE) avant mise en œuvre
- Des mesures d’accompagnement spécifiques comme le congé de reclassement ou le CSP sont prévues selon la taille de l’entreprise
- L’absence ou l’insuffisance d’un PSE peut entraîner la nullité des licenciements économiques
Qu’est-ce qu’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi ?
Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), également connu sous l’appellation « plan social », est un dispositif obligatoire mis en place lors d’une restructuration d’entreprise impliquant des licenciements économiques collectifs. Il s’agit d’un ensemble de mesures destinées à limiter le nombre de licenciements et à faciliter le reclassement des salariés dont le licenciement ne peut être évité.
Instauré initialement par la loi Soisson en 1989, puis renommé PSE en 2002, ce dispositif représente une protection importante pour les salariés face aux aléas économiques. Dans le cadre de la gestion des ressources humaines, le PSE constitue un outil à la fois stratégique et social pour accompagner les mutations économiques des entreprises.
Quelles entreprises sont concernées par l’obligation de mettre en place un PSE ?
Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi est obligatoire dans certaines situations précises, comme l’indique le Code du travail. Le tableau ci-dessous synthétise ces différents cas :
| Critères | Conditions d’obligation |
|---|---|
| Taille de l’entreprise | Au moins 50 salariés |
| Volume de licenciements sur 30 jours | Au moins 10 salariés |
| Licenciements successifs (90 jours) | Au moins 10 salariés sur 3 mois consécutifs + nouveaux licenciements prévus dans les 3 mois suivants |
| Licenciements sur l’année | Plus de 18 personnes licenciées économiquement sur une année civile + nouveaux licenciements dans les 3 premiers mois de l’année suivante |
| Refus de modification contractuelle | Au moins 10 salariés ayant refusé la modification d’un élément essentiel de leur contrat pour motif économique |
À noter : Pour les entreprises de moins de 50 salariés ou envisageant moins de 10 licenciements économiques, le PSE reste facultatif mais peut être mis en place volontairement.
Comment élaborer un Plan de Sauvegarde de l’Emploi ?
Dans le cadre d’une procédure de licenciement économique collectif, l’élaboration du PSE peut suivre deux voies distinctes comme cela a été négocié par les partenaires sociaux :
1. La négociation d’un accord collectif majoritaire
Cette voie privilégie le dialogue social au sein de l’entreprise :
- L’employeur entame des négociations avec les organisations syndicales représentatives
- Le projet d’accord doit être communiqué à la DREETS dès l’ouverture des négociations
- Pour être valide, l’accord doit être signé par des organisations syndicales représentant la majorité absolue des suffrages exprimés
- Une fois signé, l’accord est soumis à la validation de la DREETS qui dispose de 15 jours pour se prononcer
2. L’élaboration d’un document unilatéral par l’employeur
En l’absence d’accord majoritaire, l’employeur peut établir seul le PSE :
- L’employeur doit consulter le Comité Social et Économique (CSE)
- Le document unilatéral est rédigé après la dernière réunion du CSE
- Il doit ensuite être soumis à l’homologation de la DREETS qui dispose de 21 jours pour rendre sa décision
- Le silence de l’administration au terme de ce délai vaut homologation
Tel que défini par la loi, quel que soit le mode d’élaboration choisi, la consultation des représentants du personnel est obligatoire et le contenu du PSE doit être conforme aux exigences légales.
Quelles mesures doivent figurer dans un PSE ?
Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi doit obligatoirement contenir des mesures précises et adaptées à la situation de l’entreprise et des salariés concernés. Comme l’indique le Code du travail, ces mesures doivent être proportionnées aux moyens de l’entreprise.
Le plan de reclassement : élément central du PSE
Le plan de reclassement constitue le cœur du PSE. Il doit prévoir :
- Des actions de reclassement interne : propositions de postes disponibles au sein de l’entreprise ou du groupe, de même niveau ou, avec l’accord du salarié, de niveau inférieur
- Des actions de reclassement externe : mesures facilitant la recherche d’emploi en dehors de l’entreprise
- Un accompagnement renforcé pour les salariés les plus vulnérables (salariés âgés, peu qualifiés ou présentant des caractéristiques sociales particulières)
Les mesures d’accompagnement complémentaires
En fonction des besoins identifiés et des moyens de l’entreprise, le PSE peut également prévoir :
- Des actions de formation professionnelle et de validation des acquis de l’expérience (VAE)
- Des mesures de réduction ou d’aménagement du temps de travail permettant de préserver certains emplois
- La création de nouvelles activités au sein de l’entreprise
- Des actions de soutien à la création ou reprise d’entreprise
- Des primes d’incitation au départ volontaire
- La réduction du volume des heures supplémentaires régulières
Bon à savoir : Un PSE insuffisant en termes de mesures de reclassement peut être invalidé par l’administration ou annulé par le juge administratif, entraînant la nullité des licenciements.
Les dispositifs spécifiques d’accompagnement des salariés
Dans le cadre du PSE, deux dispositifs principaux peuvent être proposés aux salariés selon la taille de l’entreprise :
Le congé de reclassement pour les grandes entreprises
Pour les entreprises d’au moins 1000 salariés, le congé de reclassement est obligatoire :
- Durée : entre 4 et 12 mois
- Objectif : permettre au salarié de bénéficier d’actions de formation et d’accompagnement pour faciliter sa reconversion
- Rémunération : maintien du salaire pendant les premiers mois, puis allocation spécifique
- Statut : le salarié reste sous contrat avec l’entreprise pendant la durée du congé
Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) pour les autres entreprises
Pour les entreprises de moins de 1000 salariés, le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) doit être proposé :
- Durée : 12 mois
- Objectif : accompagnement personnalisé pour favoriser la reconversion professionnelle
- Allocation : Allocation de Sécurisation Professionnelle (ASP) représentant 75% du salaire journalier de référence
- Délai de réflexion : 21 jours pour accepter ou refuser la proposition
Dans le cadre de ces dispositifs, comme cela a été négocié par les partenaires sociaux, le salarié bénéficie d’un accompagnement individualisé et peut conserver certains avantages liés à son indemnité de licenciement.
Le contrôle administratif du PSE
La Direction Régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS, anciennement DIRECCTE) joue un rôle essentiel dans la procédure du PSE :
- Contrôle de la procédure : vérification du respect des obligations d’information et de consultation des représentants du personnel
- Contrôle du contenu : évaluation de la pertinence et de la proportionnalité des mesures prévues
- Validation ou homologation : décision administrative conditionnant la mise en œuvre des licenciements
- Suivi du bilan : évaluation des résultats des mesures de reclassement
Il est donc important de vérifier que tous les éléments du dossier sont conformes aux exigences légales avant de le soumettre à l’administration.
Questions fréquentes sur le PSE
Quelles sont les conséquences d’un PSE insuffisant ou inexistant ?
L’absence ou l’insuffisance d’un PSE lorsqu’il est obligatoire entraîne la nullité de la procédure de licenciement. Les salariés peuvent alors demander leur réintégration ou, à défaut, obtenir des indemnités significativement plus élevées que les indemnités classiques de licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Quelle est la durée de la procédure de PSE ?
La durée totale varie selon la complexité du projet et le nombre de salariés concernés, mais elle est rarement inférieure à 3-4 mois. Elle comprend la phase de négociation ou d’élaboration, les consultations des représentants du personnel et le délai d’instruction par l’administration.
Le PSE peut-il être contesté ?
Oui, le PSE peut être contesté devant le tribunal administratif (et non le conseil de prud’hommes) par les organisations syndicales, le CSE ou les salariés individuellement. Le délai de recours est généralement de 2 mois à compter de la notification de la décision de validation ou d’homologation.
Réussir la mise en place d’un PSE
La mise en œuvre d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi représente un défi majeur pour l’entreprise, tant sur le plan juridique que social. Pour réussir cette procédure complexe, il est essentiel de :
- Anticiper les difficultés économiques pour préparer au mieux les mesures d’accompagnement
- Privilégier le dialogue social et la négociation avec les représentants du personnel
- Adapter les mesures de reclassement aux profils des salariés concernés
- S’assurer du respect scrupuleux des procédures légales
- Prévoir un suivi efficace de la mise en œuvre des mesures
Un PSE bien conçu et bien exécuté permet non seulement de sécuriser juridiquement la procédure de licenciement économique, mais aussi de préserver au mieux les intérêts des salariés et l’image de l’entreprise dans une période difficile.
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