Le Mag Digital des entrepreneurs

Quelle est la procédure pour licencier un salarié pour faute grave ?

Voici les points clés à retenir :

  • Le licenciement pour faute grave est caractérisé par un comportement du salarié rendant impossible son maintien dans l’entreprise
  • La procédure comprend plusieurs étapes essentielles : mise à pied conservatoire (facultative), convocation à l’entretien préalable, notification du licenciement
  • Un délai de prescription de 2 mois s’applique à compter de la connaissance des faits par l’employeur
  • Le salarié licencié pour faute grave ne bénéficie ni d’indemnité de licenciement ni d’indemnité de préavis
  • Malgré la gravité de la faute, le salarié conserve son droit aux allocations chômage et à l’indemnité compensatrice de congés payés

Qu’est-ce que le licenciement pour faute grave ?

Le licenciement pour faute grave est un mode de rupture du contrat de travail qui permet à l’employeur de mettre fin immédiatement à la relation de travail lorsque le comportement du salarié rend impossible son maintien dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis.

Ce type de licenciement disciplinaire se caractérise par la gravité particulière de la faute commise par le salarié. Selon la jurisprudence, la faute grave est définie comme celle qui résulte « d’un fait ou d’un ensemble de faits imputables au salarié qui constituent une violation des obligations découlant du contrat de travail ou des relations de travail d’une importance telle qu’elle rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise ».

Différence entre faute grave, faute simple et faute lourde

Type de fauteDéfinitionConséquences principales
Faute simpleManquement du salarié à ses obligations professionnelles d’une gravité insuffisante pour justifier un départ immédiatPréavis et indemnité de licenciement maintenus
Faute graveComportement rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pour la durée du préavisPas de préavis ni d’indemnité de licenciement
Faute lourdeFaute grave avec intention de nuire à l’employeur ou à l’entreprisePas de préavis ni d’indemnité de licenciement + possibilité de demander des dommages-intérêts

Exemples de motifs reconnus comme faute grave

La jurisprudence a permis d’identifier plusieurs situations pouvant constituer une faute grave :

  • Abandon de poste ou absences injustifiées répétées
  • Insubordination caractérisée ou refus d’exécuter les tâches prévues au contrat
  • Actes de violence ou menaces envers des collègues ou supérieurs
  • Vol de matériel ou de biens appartenant à l’entreprise
  • Harcèlement moral ou sexuel envers d’autres salariés
  • État d’ébriété sur le lieu de travail, particulièrement dans des fonctions à risque

Il est important de noter que la qualification de faute grave s’apprécie au cas par cas, en fonction du contexte, de l’historique du salarié et des circonstances spécifiques. Un même comportement peut être qualifié différemment selon les situations.

Quelle est la procédure de licenciement pour faute grave ?

La procédure de licenciement pour faute grave doit être rigoureusement suivie par l’employeur sous peine de voir le licenciement requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse, entraînant le versement de dommages-intérêts au salarié.

Délai de prescription et réactivité nécessaire

L’employeur dispose d’un délai de prescription de 2 mois à compter du jour où il a eu connaissance des faits fautifs pour engager une procédure disciplinaire. Dans le cadre spécifique de la faute grave, l’employeur doit toutefois agir avec une grande réactivité pour démontrer l’impossibilité de maintenir le salarié dans l’entreprise.

Dans le cadre de la faute grave, l’employeur doit réagir promptement après la découverte des faits. Une réaction tardive pourrait être interprétée comme une tolérance de la faute, incompatible avec sa qualification de « grave ».

Étape 1 : La mise à pied conservatoire (facultative)

Face à une faute d’une particulière gravité, l’employeur peut décider d’une mise à pied conservatoire du salarié. Cette mesure provisoire permet de suspendre immédiatement le contrat de travail dans l’attente de la décision définitive.

La mise à pied conservatoire :

  • N’est pas une obligation mais constitue souvent un indice de la gravité de la faute
  • Doit être notifiée au salarié (par écrit de préférence)
  • Implique que le salarié quitte immédiatement l’entreprise
  • N’est pas une sanction en soi, mais une mesure de précaution

Comme l’a confirmé la Cour de cassation en mars 2024, « l’absence de mise à pied conservatoire ne rend pas, à elle seule, le licenciement pour faute grave infondé, dès lors que les faits reprochés au salarié rendent objectivement impossible son maintien dans l’entreprise ».

Étape 2 : Convocation à l’entretien préalable

L’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable au licenciement. Cette convocation peut être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre décharge.

La lettre de convocation doit impérativement mentionner :

  • L’objet de l’entretien (envisagement d’un licenciement)
  • La date, l’heure et le lieu de l’entretien
  • La possibilité pour le salarié de se faire assister

Un délai minimum de 5 jours ouvrables doit être respecté entre la réception de la convocation et la date de l’entretien. Si ce délai expire un samedi, un dimanche ou un jour férié, il est prolongé jusqu’au premier jour ouvrable suivant.

Bon à savoir : La présence du salarié à l’entretien préalable n’est pas obligatoire. Son absence ne constitue ni une faute ni un obstacle à la poursuite de la procédure de licenciement.

Étape 3 : Déroulement de l’entretien préalable

Lors de l’entretien préalable, l’employeur doit :

  • Exposer clairement les motifs du licenciement envisagé
  • Recueillir les explications du salarié
  • Échanger sur les faits reprochés

Le salarié peut être assisté par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste préfectorale.

Étape 4 : Notification du licenciement

Si l’employeur maintient sa décision de licencier le salarié, il doit lui notifier son licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette notification doit intervenir :

  • Au plus tôt 2 jours ouvrables après l’entretien préalable
  • Au plus tard 1 mois après la date de l’entretien

La lettre de licenciement pour faute grave doit :

  • Mentionner avec précision les motifs du licenciement
  • Décrire les faits constitutifs de la faute grave
  • Être suffisamment détaillée pour permettre au juge d’apprécier le caractère réel et sérieux des motifs invoqués

À noter : Le non-respect du délai maximal d’un mois peut entraîner la requalification du licenciement pour faute grave en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec des conséquences financières importantes pour l’employeur.

Quelles sont les conséquences du licenciement pour faute grave ?

Le licenciement pour faute grave entraîne des conséquences spécifiques pour le salarié, notamment en matière d’indemnités et de préavis.

Absence de préavis et d’indemnité de licenciement

La principale conséquence du licenciement pour faute grave est que le salarié :

  • Ne bénéficie pas d’un préavis (le contrat prend fin immédiatement)
  • Ne perçoit pas d’indemnité de licenciement, quelle que soit son ancienneté

Cette privation d’indemnités et de préavis constitue la « sanction » financière associée à la faute grave. Elle se justifie par le caractère particulièrement répréhensible du comportement du salarié qui a rendu impossible la poursuite de la relation de travail.

Indemnités maintenues malgré la faute grave

Malgré la qualification de faute grave, le salarié conserve certains droits :

  • Indemnité compensatrice de congés payés : le salarié a droit au paiement des congés payés acquis et non pris à la date de la rupture du contrat
  • Indemnité de non-concurrence (le cas échéant) : si le contrat prévoit une clause de non-concurrence, l’indemnité correspondante reste due, sauf disposition contraire explicite dans la convention collective

L’employeur doit également remettre au salarié les documents de fin de contrat usuels (certificat de travail, attestation Pôle emploi, solde de tout compte).

Droit aux allocations chômage

Contrairement à une idée reçue, le licenciement pour faute grave n’empêche pas le salarié de bénéficier des allocations chômage. En effet, le licenciement, quelle qu’en soit la cause, constitue une perte involontaire d’emploi ouvrant droit à l’assurance chômage, sous réserve que le salarié remplisse les conditions d’affiliation requises.

Pour bénéficier des allocations chômage, le salarié doit avoir travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois précédant la fin du contrat de travail.

Comment contester un licenciement pour faute grave ?

Le salarié qui estime que son licenciement pour faute grave n’est pas justifié peut le contester devant le Conseil de prud’hommes. Il dispose pour cela d’un délai de prescription de 12 mois à compter de la notification du licenciement.

La contestation peut porter sur différents aspects :

  • La réalité des faits reprochés au salarié
  • La qualification de faute grave (le salarié peut admettre avoir commis une faute, mais contester sa gravité)
  • La régularité de la procédure de licenciement (non-respect des délais, absence de motifs précis, etc.)

Si le juge considère que le licenciement est injustifié, il peut :

  • Requalifier le licenciement pour faute grave en licenciement sans cause réelle et sérieuse
  • Condamner l’employeur à verser des dommages-intérêts au salarié
  • Ordonner le versement des indemnités de licenciement et de préavis dont le salarié a été privé

À noter : Si le salarié est en mesure de prouver que son licenciement résulte d’une discrimination ou d’un harcèlement, le licenciement pourra être déclaré nul, avec des conséquences encore plus lourdes pour l’employeur.

Questions fréquentes sur le licenciement pour faute grave

Peut-on licencier un salarié en arrêt maladie pour faute grave ?

Oui, un salarié en arrêt maladie peut être licencié pour faute grave si :

  • La faute a été commise avant l’arrêt maladie
  • La faute a été commise pendant l’arrêt maladie (exemple : travail pour un concurrent pendant l’arrêt)

L’employeur doit cependant veiller à convoquer le salarié à l’entretien préalable pendant les heures de sortie autorisées par son arrêt maladie.

Peut-on négocier un licenciement pour faute grave ?

Techniquement, un licenciement pour faute grave ne se « négocie » pas puisqu’il repose sur des faits objectivement graves. Toutefois, dans certaines situations, l’employeur et le salarié peuvent convenir d’une rupture conventionnelle comme alternative, permettant au salarié de bénéficier d’indemnités plus favorables.

Quel est le délai pour contester un licenciement pour faute grave ?

Le salarié dispose d’un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le Conseil de prud’hommes et contester son licenciement pour faute grave.

A voir également