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Refuser un CDI après un CDD : quelles conséquences sur les droits au chômage ?

Les récentes modifications de la législation du travail ont considérablement changé les règles concernant le refus d’un CDI après un CDD ou une mission d’intérim. Depuis le 1er janvier 2024, ces refus peuvent avoir des impacts significatifs sur vos droits aux allocations chômage.

Points clés à retenir :

  • Depuis le 1er janvier 2024, refuser deux CDI en 12 mois peut entraîner la privation des allocations chômage
  • L’employeur doit proposer un CDI aux mêmes conditions (poste, salaire, lieu de travail) que le CDD
  • La proposition doit être formalisée par écrit avant la fin du CDD
  • L’employeur est tenu d’informer France Travail en cas de refus du salarié
  • Le refus d’un CDI entraîne également la perte de l’indemnité de précarité de 10%

Nouveau cadre légal : refus de CDI et allocation chômage

La loi « marché du travail » du 21 décembre 2022, précisée par un décret paru le 28 décembre 2023, a instauré un mécanisme visant à encourager l’accès à des emplois stables. Dans le cadre de la politique gouvernementale pour atteindre le « plein emploi », cette mesure cible spécifiquement les salariés en CDD ou intérimaires qui refuseraient de poursuivre leur relation de travail en CDI.

Concrètement, si vous refusez à deux reprises, sur une période de 12 mois, une proposition de CDI émanant de votre employeur après un CDD ou une mission d’intérim, vous pourriez perdre vos droits aux allocations chômage. Cette disposition est entrée en vigueur le 1er janvier 2024.

Conditions pour qu’un refus de CDI entraîne la perte des allocations

Pour que le refus d’un CDI puisse avoir un impact sur vos droits au chômage, plusieurs conditions doivent être réunies :

CritèreCondition à respecter
FormalismeProposition écrite (LRAR, remise en main propre contre décharge ou tout moyen donnant date certaine)
Poste proposéMême emploi ou emploi similaire à celui occupé en CDD
RémunérationAu moins équivalente à celle du CDD
Durée du travailÉquivalente à celle du CDD
ClassificationIdentique à celle du CDD
Lieu de travailIdentique à celui du CDD

Si l’une de ces conditions n’est pas respectée, votre refus ne pourra pas être retenu contre vous et vos droits aux allocations chômage seront préservés.

À noter : L’employeur doit vous accorder un « délai raisonnable » pour réfléchir à sa proposition. Sans réponse de votre part au terme de ce délai, votre silence sera considéré comme un refus.

Procédure de signalement des refus de CDI

Le dispositif mis en place repose sur une obligation d’information de France Travail par l’employeur. Voici comment se déroule la procédure :

Premier refus de CDI

Après un premier refus de votre part, l’employeur dispose d’un mois pour en informer France Travail via une plateforme dédiée (https://www.demarches-simplifiees.fr/commencer/refus-de-cdi-informer-francetravail). Cette notification doit être accompagnée d’éléments justifiant que la proposition respectait toutes les conditions requises.

À ce stade, aucune sanction financière n’est appliquée. France Travail vous informe simplement de ce signalement et de ses potentielles conséquences en cas de second refus.

Deuxième refus de CDI

Si vous refusez une seconde proposition de CDI dans les 12 mois suivant le premier refus, l’employeur doit à nouveau en informer France Travail. C’est à ce moment que vos droits aux allocations chômage peuvent être suspendus.

Bon à savoir : Plusieurs syndicats (FO, CGT, FSU et Solidaires) ont déposé des recours devant le Conseil d’État pour contester la légalité de ce dispositif.

Impact du refus de CDI sur l’indemnité de précarité

Outre les conséquences sur les allocations chômage, le refus d’un CDI a également un impact immédiat sur l’indemnité de précarité (ou prime de fin de contrat). Cette indemnité, qui s’élève généralement à 10% de la rémunération brute totale perçue pendant le CDD, n’est pas due si vous refusez un CDI proposé dans les conditions expliquées précédemment.

Cette règle s’applique même pour un premier refus, indépendamment des nouvelles dispositions concernant les allocations chômage. Elle était déjà en vigueur avant la réforme de 2024.

Obligations des employeurs : information via DSN et plateforme dédiée

Pour que ce dispositif fonctionne, les employeurs sont soumis à de nouvelles obligations d’information :

  • Information via la plateforme dédiée : obligation immédiate (depuis janvier 2024) de signaler tout refus de CDI à France Travail
  • Information via la DSN (Déclaration Sociale Nominative) : à partir de 2025, les employeurs devront également renseigner ces refus dans leur DSN, en complément de l’information sur la plateforme

France Travail peut demander des informations complémentaires à l’employeur si la notification est incomplète. L’employeur dispose alors de 15 jours pour fournir ces éléments.

Questions fréquentes

Puis-je refuser un CDI si les conditions proposées sont différentes de mon CDD ?

Oui. Si le poste, la rémunération, le temps de travail, la classification ou le lieu de travail sont différents de ceux de votre CDD, vous pouvez refuser sans risque pour vos allocations chômage.

Comment contester un signalement abusif de mon employeur ?

France Travail vous informe de tout signalement et vous pouvez alors fournir des éléments prouvant que les conditions d’une proposition équivalente n’étaient pas réunies.

Les entreprises vont-elles réellement signaler les refus de CDI ?

Certaines entreprises pourraient hésiter à dénoncer leurs anciens salariés pour des raisons éthiques ou administratives. La mise en œuvre effective de ce dispositif reste à observer.

Avant de refuser un CDI, il convient donc d’évaluer soigneusement les conséquences potentielles sur vos droits et votre situation financière. Dans le doute, n’hésitez pas à vous rapprocher des services de France Travail ou d’un conseiller juridique pour obtenir des informations adaptées à votre situation personnelle.

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